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Mécanismes d’entretien de la douleur

Si une douleur persiste et devient chronique, c’est parfois à cause de lésions anatomiques qui perdurent mais c’est souvent à cause de l’entretien d’un ou plusieurs cercles vicieux.

On peut comparer les mécanismes d’entretien à ceux de la mémoire : même si le trouble initial est guéri et qu’il n’y a plus de lésion, le système nerveux peut en garder la trace, le souvenir (par exemple : douleurs dans un membre après une amputation).

De nombreux facteurs contribuent à perpétuer ou à augmenter une douleur.

1 - LES TENSIONS ET LES CONTRACTIONS MUSCULAIRES

Une douleur peut s’accompagner de contractions musculaires réflexes. Le muscle contracté devient alors le siège d’une nouvelle douleur. Celle-ci favorise à son tour une nouvelle contraction, et ainsi de suite...

Il est donc capital d’apprendre à bien exécuter les gestes de la vie quotidienne, afin d’éliminer les mouvements parasites, sources de contractions musculaires inutiles, et donc de douleurs.

Le stress, lui aussi, est un facteur de tensions musculaires.

2 – L’ATTENTION

Parmi toutes les sensations, la douleur est celle qui capte le plus notre attention. Il est difficile de s’en détacher, elle devient le centre de nos préoccupations, nous nous “fixons” dessus, nous sommes “à l’écoute de notre douleur”.

Mais avoir son attention focalisée sur sa douleur, ne plus s’en détacher, jusqu’à ne plus avoir d’activités professionnelles ou de loisirs, tout cela contribue à entretenir sa douleur.

Il existe toutefois un niveau en dessous duquel l’attention peut être portée ailleurs : la douleur peut être oubliée.

Le traitement doit donc comporter des techniques dont le rôle est de diminuer l’attention que nous portons à la douleur, ou de nous aider à en détourner notre attention.

3 - L’ANXIÉTÉ

Une douleur qui persiste fait croire à la personne qui souffre que son cas est grave puisque rien ne la soulage.

L’appréhension, la crainte de l’inconnu, la peur, entretiennent aussi la douleur.

Avant tout, des entretiens avec les médecins doivent permettre, grâce à une bonne compréhension des mécanismes, de dissiper bon nombre de facteurs d’anxiété.

4 - LA “DÉMORALISATION”

Les douleurs s’accompagnent fréquemment de signes de “démoralisation” ou dépression : on se retrouve sans énergie, on ressent une perte d’intérêt pour la vie, une tristesse, on manque même d’estime de soi.
Cette dépression peut être méconnue de la personne atteinte, ou même déniée. On parle dans ce cas de “dépression masquée”, et il faut alors agir, car cet état empêche la personne dépressive de trouver seule l’énergie et les ressources nécessaires pour “récupérer”.

5 - L’INSOMNIE

Un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité peut aussi contribuer à entretenir une douleur.

Le manque de sommeil (après une nuit blanche, par exemple) peut parfois causer à lui seul des douleurs diverses : courbatures, maux de tête.

6 - LE STRESS

Le stress est un facteur fréquent d’amplification et d’entretien de la douleur, notamment pour la plupart des personnes souffrant de lombalgie.

Le mot stress en anglais veut dire “effort intense, tension”.
C’est une réaction de l’organisme face aux facteurs d’agression physiologiques et psychologiques ou à des émotions agréables ou désagréables. C’est donc une situation de contrainte qui nécessite de la part de l’individu une réaction d’adaptation.
Cette réaction peut en théorie être soit bénéfique, soit nocive.

Chez la personne qui souffre de douleur persistante, les situations de stress sont souvent source d’accentuation de la douleur. Ces situations sont extrêmement variables et propres à chaque individu :

  • parler en public ;
  • savoir attendre, savoir dire non… ;
  • gérer les difficultés relationnelles avec des proches ou des collègues de travail ;
  • affronter des événements pénibles de la vie (divorce, deuil, traumatismes variés…).

Le stress est souvent associé à des émotions (colère, agressivité, anxiété, démoralisation…), ou à des manifestations telles que tensions ou contractures musculaires qui peuvent accentuer la douleur. Le cercle vicieux douleur-stress est fréquent chez la personne qui souffre du dos.

La douleur fragilise la personne soumise au stress et le stress accentue la douleur.


Dr Marie-Josée Thévenot - CETD (Centre d'étude et de Traitement de la Douleur), Hôpital Saint-Antoine, Paris
Dr François Boureau - CETD (Centre d'étude et de Traitement de la Douleur), Hôpital Saint-Antoine, Paris