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Qu’est ce que l’algodystrophie ?

L’algodystrophie, appelée aussi Syndrome Douloureux Régional Complexe (SDRC), est caractérisée par une douleur continue d’une région du corps, à l’extrémité d’un membre le plus souvent. Celle-ci peut être spontanée et/ou provoquée.
Elle apparaît en général disproportionnée en durée et/ou en intensité par rapport à l’évolution habituelle du traumatisme responsable, par exemple. La douleur ne correspond pas à un territoire neurologique circonscrit ; c’est pourquoi elle intrigue beaucoup les médecins.
Elle s’associe à d’autres manifestations telles des sueurs, des changements de coloration de la peau, de sa texture, des modifications motrices, de la sensibilité nerveuse de la région douloureuse, avec une limitation des mouvements entraînant une raideur, des modifications de la température cutanée avec une chaleur ou un refroidissement de la zone anatomique. Des troubles vasomoteurs (alternance de chaleur puis de froid) sont fréquents. Parfois, on observe plusieurs localisations (ex-syndrome épaule-main).

Diagnostic de l’algodystrophie

COMMENT SE PRÉSENTE L’ALGODYSTROPHIE ?

Les douleurs sont souvent difficiles à décrire par le patient.
Il s’agit de douleurs pour de faibles stimulations. Une hyperalgésie, c’est-à-dire une douleur plus forte qu’attendue lors d’une stimulation douloureuse, est parfois aussi rencontrée.
Toute mobilisation ou mise en charge accentue la douleur.

La douleur et l’aspect du membre atteint sont parfois impressionnants : oedématié, de coloration bleu sombre avec une peau fine, luisante, sans poils ; les articulations sont enraidies. Malgré ces aspects qui peuvent paraître inquiétants, l’algodystrophie est une maladie bénigne, avec une durée d’évolution variable, de 6 à 24 mois. On décrit habituellement 3 phases ; une phase chaude, une phase froide puis la guérison. Parfois, de façon beaucoup plus rare, on peut observer des séquelles atrophiques avec rétraction des tendons.


LES EXAMENS COMPLÉMENTAIRES

Les examens d’imagerie médicale telle les radiographies montrent une « ostéoporose localisée ». Ce terme signifie que l’os réagit au contact du foyer douloureux car il y a des modifications de l’irrigation par les vaisseaux. En aucun cas il ne s’agit d’une ostéoporose telle qu’on la connaît habituellement. Il n’y a pas de fragilisation générale des os. D’ailleurs, cet aspect radiographique disparaît avec le temps.

Les causes de l’algodystrophie sont nombreuses : traumatismes, suites de chirurgie, grossesse, diabète, maladies hormonales, effets secondaires de certains médicaments. Dans 20 % des cas, aucune cause n’est retrouvée. On parle alors d’algodystrophie essentielle.
Cependant, on observe souvent une tendance à l’émotivité, voire un authentique syndrome anxiodépressif.

LE TRAITEMENT DE L’ALGODYSTROPHIE

Le traitement nécessite plusieurs stratégies parfois difficiles à mettre en place. En effet, lorsqu’on a mal, on a tendance à arrêter les mouvements. Ce système aggrave les douleurs et favorise le déconditionnement musculaire et l’enraidissement.

L’objectif est donc l’adaptation des activités afin de lutter contre cet enraidissement et d’éviter l’immobilisation du membre. Il faut pour cela proposer un traitement médicamenteux antalgique encadrant cette remobilisation. Celle-ci s’effectue en général avec un kinésithérapeute, qui aide de façon passive puis active les mouvements du membre. L’ajustement du niveau d’activités à la douleur est nécessaire afin d’éviter de déclencher des crises par une mobilisation forcée, excessive ou intempestive. Lorsque cette reprise d’activités s’avère trop difficile, les techniques de relaxation, voire une aide psychologique peuvent être proposées pour dépasser cette peur du mouvement appelée « kinésiophobie ».

Des bains écossais (alternance chaud-froid) peuvent aussi être utilisés lorsque le membre présente des modifications vasculaires.


Pr Françoise Laroche - CETD (Centre d'étude et de Traitement de la Douleur), Hôpital Saint-Antoine, Paris
Dr Esther Soyeux - CETD (Centre d'étude et de Traitement de la Douleur), Hôpital Saint-Antoine, Paris