IMPORTANT ! A FAIRE LIRE À VOTRE ENTOURAGE SI VOUS SOUFFREZ.

La douleur a un impact psychologique. Le mot psychologique irrite souvent, car votre douleur est bien réelle. Au fil des mois ou des années, la douleur va poser des problèmes et des difficultés psychologiques.
Cela ne veut pas dire que vous soyez un « malade mental ». Vos réactions sont normales et elles doivent être comprises, car avec la douleur vous vous sentez plus facilement « stressé », « angoissé »…
Quelle que soit la cause de la douleur, avec le temps, elle provoque diverses réactions psychologiques : anxiété, insomnie, fatigue, tension nerveuse, repli sur soi, démoralisation, dépression, parfois désintérêt sexuel, etc. Ces réactions contribuent à entretenir votre douleur. Ainsi s’installent les cercles vicieux qui ont été évoqués.

Les conséquences sont nombreuses. Par exemple, vous avez cessé de travailler, ou votre travail s’est modifié, ou vous devez changer de poste de travail. Vous n’avez plus de loisirs. Vous n’avez plus d’activités qui vous plaisent. Vous ne sortez plus, vous ne voyez plus vos amis… Vos relations avec vos proches se sont transformées, vous vous sentez incompris, vous vous sentez isolé. Vos proches ne comprennent pas (ou plus) votre douleur, ils pensent que vous exagérez ou que « c’est dans la tête ».

Dans tous ces cas, il importe d’apprendre à vous protéger des nombreux pièges tendus par la douleur qui dure et d’apprendre à faire face au mieux.

ATTENTION ET DOULEUR

Les phénomènes d’attention jouent un rôle capital dans toute douleur chronique. Ils constituent la base de certains traitements, de certaines techniques pour lutter contre la douleur.

Il est important de comprendre pourquoi, de temps en temps, lors de certaines activités, vous ne pensez plus à votre douleur et n’avez pas mal ou moins mal. Comme toute perception, la douleur est influencée par des phénomènes de distraction, de détournement de l’attention.

Diriger son attention c’est fixer son esprit sur quelque chose de particulier et, de ce fait, délaisser d’autres sources d’information. Les études scientifiques confirment qu’une douleur augmente lorsqu’un sujet est préoccupé par sa douleur, lorsque son attention est focalisée sur sa douleur.

Au cours d’une réunion d’amis, vous pouvez choisir deux conversations : une qui est bruyante et sans intérêt ; une autre qui est discrète, plus difficile à écouter mais tellement plus intéressante. Votre organisme, votre cerveau, doivent faire une sélection. Vous devez détourner votre attention de la conversation bruyante, pour mieux vous concentrer sur la plus discrète. Dans cet exemple, la douleur peut être comparée à la conversation bruyante et dépourvue d’intérêt : tout doit être fait pour ne pas l’entendre. Détourner son attention vers des conversations intéressantes, c’est, dans le cas de la douleur, prêter attention à toutes les occupations, loisirs, discussions ou activités qui éloignent l’esprit de la douleur. Dans la douleur-chronique, tous les moyens doivent donc être mis en œuvre pour moins ressentir la douleur.

Moins penser à la douleur, s’habituer, c’est permettre à l’attention de se fixer sur des activités autres plaisantes et motivantes, avec des sources d’intérêt (émissions de télévision, musique, conversations intéressantes, entre amis, loisirs, repas chaleureux, coiffeur, lecture…). Celles-ci exercent un effet dérivatif qui atténue fortement la perception de la douleur et parfois la supprime complètement. Lors d’un match de football, les joueurs peuvent subir des traumatismes sans ressentir de douleur immédiate.
L’absence de douleur s’explique ici par un état d’attention intense du fait de l’intérêt porté au match. La douleur réapparaît plus tard lorsque l’attention redevient normale. À l’inverse, l’absence d’occupations, l’inactivité laissent l’esprit disponible pour la douleur. L’attention est alors monopolisée par la douleur et c’est le cercle vicieux.

ACCEPTER LA RÉALITÉ DE VOTRE DOULEUR

Il faut admettre que votre douleur qui persiste peut s’accompagner de difficultés, et de répercussions personnelles, psychologiques, socioprofessionnelles (peur de reprendre le travail par exemple). Il faut comprendre que votre entourage puisse réagir, soit en vous protégeant à l’extrême, avec bienveillance, soit en vous rejetant.
Les manifestations de votre douleur perturbent la communication avec votre entourage, et les réactions négatives de celui-ci participent au maintien de votre douleur. Il faut également comprendre que ceux qui vous aiment ne peuvent être indifférents à votre douleur, et ne savent pas, pour autant, comment réagir. Ils peuvent alors être agressifs ou paraître indifférents. Savoir communiquer, sans évoquer à chaque occasion votre douleur, est souvent bénéfique.

Pr Françoise Laroche - CETD (Centre d'étude et de Traitement de la Douleur), Hôpital Saint-Antoine, Paris
Dr François Boureau - CETD (Centre d'étude et de Traitement de la Douleur), Hôpital Saint-Antoine, Paris